Publiée le par Michel Boyer
Au départ de l’île Chambod, le vélo semble presque flotter entre l’eau turquoise et les falaises calcaires. Le matin est encore calme, et l’Ain serpente doucement, miroir tranquille avant les reliefs plus tourmentés de la vallée. On pédale d’abord dans une quiétude trompeuse, entre plages discrètes et forêts épaisses, bercé par le clapotis de l’eau et le chant des oiseaux.
Puis la route s’élève, et les gorges de l’Ain dévoilent leur vrai caractère. Les virages s’enchaînent, parfois serrés, parfois ouverts sur des panoramas vertigineux où la rivière, loin en contrebas, dessine des arabesques brillantes. Chaque coup de pédale devient une conquête, chaque montée une promesse de vue spectaculaire.
Soudain, au détour d’une courbe, le viaduc de Bolozon apparaît. Majestueux, presque irréel, il superpose ses arches dans une élégance brute, reliant les deux versants comme suspendu entre ciel et roche. On ralentit presque instinctivement, non par fatigue, mais pour savourer ce moment où l’ingéniosité humaine dialogue avec la puissance du paysage.
La route continue, plus sauvage encore. Les falaises se rapprochent, les ombres s’allongent, et l’air se fait plus frais. Ici, la vallée semble garder ses secrets. Parmi eux, le château de la Cueille, discret mais chargé d’histoire, surgit comme un témoin silencieux d’un autre temps. Ses pierres racontent des siècles de passage, de veille et de solitude face à la rivière.
Plus loin, d’autres curiosités jalonnent le parcours : belvédères cachés, villages accrochés à la pente, ponts anciens qui invitent à la pause. Chaque arrêt est une parenthèse, un prétexte pour reprendre souffle et contempler.
À vélo, les gorges de l’Ain ne se traversent pas, elles se vivent. Entre effort et émerveillement, entre silence et grandeur, elles offrent un voyage où la nature impose son rythme, et où le cycliste, humble explorateur, apprend à s’y accorder.
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